Water-Closet and Political Love

J’avais envie de partager avec vous cette petite parenthèse politique.

J’avais envie de clamer au grand jour mon amour pour la masse politicarde qui nous gouverne et qui nous représente.

Leur dévouement pour défendre la volonté générale et le bien-vivre ensemble mérite d’être soulignée, qui plus est qu’ils savent mettre leurs intérêts personnels de côté pour mener à bien leurs missions.

Il ne leur viendrait par exemple jamais à l’esprit de détourner leur fonction de leur but initial pour servir une cause qui leur est toute personnelle.

Encore plus d’actualité, il ne viendrait jamais à l’esprit d’un chef de l’État de diviser ses concitoyens en deux groupes : Ceux qui réussissent et ceux qui ne sont rien.

Jamais.

Et c’est dans ce sens que je tiens à leur rendre cet hommage.

Et c’est dans cet esprit que je les place dans un endroit tout privilégié dans mon cœur et dans ma maison.

Un endroit cosy, où l’intimité est une clé-de-voûte et leur présence est d’une grande aide.

Alors, il y a déjà quelques temps, en période électorale, j’ai créé cette affiche à leur effigie et j’ai soigneusement choisi son emplacement.

Une place au dessus d’un trône, qui couronne la bonté, la sincérité et la volonté de bien faire qui les anime.

Sans titre fff1

Paix et amour dans vos coeurs ❤

 

Manipulation en milieu professionnel – Partie 2

(suite)

Attention, cet article sera un mélange de patois et de bengali si vous n’avez pas lu l’article Manipulation en milieu professionnel – Partie 1 😉

Chapitre 6 : L’explosion

Le lendemain matin au réveil, stress, boule au ventre et nausée sont mes meilleurs amis. Je m’attends à tout.

A mon arrivée, ma responsable nous convoque toutes dans son bureau pour faire un point. Ma collègue, notre stagiaire et moi. Après un bilan du travail en cours, ma responsable me lance alors :

“- Vous avez quelque chose à rajouter ?

– Non.

– Vous êtes sure que vous n’avez rien à rajouter ?

– D’accord, mais seule à seule.

– Non, c’est soit rien, soit devant tout le monde, car le problème qu’on doit évoquer impacte tout le service.”

La machine est lancée, les mitraillettes sont armées et je reçois les balles une à une avec une impuissance qui me rend muette.

Mon compagnon est un homme violent qui l’a agressée.

Si je suis en mal-être, c’est sans doute à cause de lui car il me rend malheureuse.

Je prétend être en mal-être mais c’est tout le service qui est en mal-être à cause de moi.

Je suis égoïste et égocentrée.

Je ne retiens que le négatif.

Ma collègue et la stagiaire font mon travail à ma place depuis plusieurs mois.

Mon compagnon en sait trop sur ce qui s’est passé, sur les moqueries que j’ai subi. Je n’ai pas respecté mon obligation de discrétion professionnelle, la direction va en être informée et je vais peut-être être blâmée.

Dans ce déluge, ma collègue verse quelques larmes dont je suis apparemment responsable. La stagiaire reste sous le choc car elle n’avait rien vu de tout le mal-être qui planait sur notre service.

Et face à cela, rien ne sort, ni mot, ni larme. Je bafouille des paroles décousues dont je n’ai aucun souvenir. Je me rappelle avec aigreur du jour où cette nouvelle responsable m’avait demandé pourquoi mon compagnon n’était pas intervenu face aux problèmes que j’avais avec mon ancienne responsable. Je vous laisse palper l’ironie de la situation.

Je ressors sonnée. Je croise une collègue que j’apprécie et l’avertis de ce qui vient de se passer. Choquée par ma détresse, elle alerte le Comité d’Hygiène et de Sécurité.

Je sors dehors pour appeler mon médecin : Je ne peux plus tenir, je dois prendre un temps d’arrêt. En raccrochant, je croise un membre du Comité Technique. Je le salue, il me demande si je vais bien, je fond en larme.

La matinée continue et chacune met de l’eau dans son vin pour arriver à travailler.

Le hasard fait que nous avions toutes prévues d’aller manger ensemble le midi, à la cantine de la commune. Nous maintenons le rendez-vous.

Durant ce repas, nous parlons posément.

Ma responsable me demande si cela se passait mieux dans mon ancien service.

Je lui répond par l’affirmative, en lui indiquant que ce domaine me passionnait et que la cohésion d’équipe était solide.

Elle me demande s’il y aurait moyen qu’un agent de ce service me cède sa place.

Je lui répond que cela me semble difficilement concevable.

Elle me demande quelle serait la personne qui pourrait le plus souhaiter partir de ce service.

Je lui parle de Nathalie Dupont, en précisant qu’il s’agit d’une personne qui pourrait finir par avoir envie de changer de poste au vue de son ancienneté, mais sans doute à l’intérieur même de son service, pour évoluer et prendre des responsabilités.

Elle me dit que quoiqu’il en soit, elle se battra pour moi auprès de la Direction, afin que je réaffecte tôt ou tard ce service.

Le repas se clôt. Je pars chez le médecin. Je suis arrêté 15 jours pour “Etat de profonde tristesse, déprime et fatigue psychique”.

Je reçois un SMS, le soir même, d’une personne du Comité Technique. Elle est disponible pour me rencontrer et évoquer le problème. Le rendez-vous est fixé au lendemain midi.

Chapitre 7 : L’Abandon

Le lendemain midi, je partage donc un repas avec deux personnes du Comité Technique. Je leur explique ce que j’ai vécu, ils prennent des notes. Ils sont révoltés par les éléments que je leur fournis. Ils m’informent qu’ils iront parler à ma responsable pour avoir sa version des faits, simple question de procédure. Je ne touche pas à mon assiette et j’ai les yeux embués quand ils me demandent de tenir bon.

A mon retour au travail, ils m’indiqueront que cela doit être un terrible quiproquo avec ma responsable, qui les a convaincu du bien fondé de son comportement.

Le Comité d’Hygiène et de Sécurité se dessaisit de l’affaire, qui ne semble pas entrer dans son domaine de compétence.

Je prends rendez-vous avec la médecine du travail pour les alerter. Mais avant de me recevoir, le médecin a reçu un appel de la directrice des Ressources Humaines, amie de ma responsable, leur indiquant que celle-ci avait été victime de l’agressivité de mon compagnon à ce sujet. Le médecin me le rappelle sans cesse lors de notre entretien et me demande de m’adapter à la personnalité de ma responsable. Je dois faire une travail sur moi, il me tend la carte du psychologue du travail.

Une collègue demande à l’Assistant prévention, agent chargé de protéger les agents contre les risques physiques et psychologiques, d’intervenir. Il refusera, par affinité pour ma responsable ou par fuite du conflit.

Pendant ce temps, ma responsable rédigera un compte-rendu à mon sujet, destiné à la Direction. Elle indiquera le mal-être qu’elle a décelé chez moi. Elle précisera que j’ai changé depuis que je me suis pacsée. Elle expliquera que mon compagnon est venu la voir, a été agressif et a alterné entre phase de colère et de calme. Elle indiquera que je me suis montrée méprisante envers ma collègue, lors de “l’entretien-fusillade”. Elle expliquera aussi que j’ai formulé la demande de retourner dans mon ancien service, et prendre la place de Nathalie Dupont. Face à cela, elle aurait répondu que ma demande n’était pas recevable.

Mon compagnon obtiendra l’interdiction de remettre les pieds sur mon lieu de travail. La consigne sera donné à tous les agents d’accueil.

“La pire souffrance est dans la solitude qui l’accompagne.” disait André Malraux.

Chapitre 8 : La reconstruction

J’étais donc un vulgaire tas de poussière, et on m’avait glissé sous le paillasson d’un simple coup de balayette.

Je n’était plus capable de m’alimenter  et suis descendue à 46 Kg.

J’ai perdu foi en toute les instances qui auraient pu m’aider mais qui ne l’ont pas fait. Car elles ne le souhaitaient pas ou car elles avaient été manipulées.

J’étais condamnée à travailler avec cette responsable au comportement pathologique et cette collègue qui me tournait désormais le dos.

J’ai donc décidé de me reconstruire tant bien que mal. J’ai décidé de penser à moi.

Je me suis octroyée le temps de vaquer à l’une de mes passions, la peinture. Et c’est pendant mon arrêt que j’ai vendu ma première toile.

J’ai gouté pour la première fois au plaisir du massage professionnel.

J’ai pris le temps de savourer des moments en famille et entre amis, et ils m’ont été d’une aide fondamentale.

J’ai reçu l’acceptation de notre proposition d’achat pour notre future maison pendant mon arrêt. Et on ne peut pas nier l’impact d’un beau projet dans cette reconstruction.

J’ai pris rendez-vous chez un psychiatre également. J’avais besoin d’un regard extérieur, objectif et professionnel, qui était en capacité de me dire “Vous avez un sérieux problème” si tel était le cas. Mais ce fut l’inverse. Au fil des séances, j’ai compris que je n’étais pas celle qui avait le plus besoin d’être soignée. Il a permis de changer ma rancune en pitié. Car ma responsable devait être drôlement triste dans sa vie pour en arriver à ce genre de comportement.

J’ai également travaillé dur pour préparer mon oral de concours. Car moins d’un mois après ce qui c’était passé, je devais faire fasse à un jury qui jaugerait pas capacité à assumer mon poste. Concours obtenu haut la main, et qui est venu attester de ma valeur professionnelle.

Me voilà parée pour retourner dans la fosse aux lions.

Chapitre 8 : Le retour

La date de mon retour était fixée un lundi. Et comme tous les lundis matin, ma responsable n’était pas là. L’accueil de ma collègue fut glacial. Les rares mots qu’elle m’adressa furent : “Tu dois faire un discours de 5 minutes à la réunion-bilan de ce soir”.

La réunion-bilan de ce soir. Je l’avais oubliée. C’est une réunion annuelle où chaque agent du service dresse le bilan de l’année écoulée. Car au delà d’une équipe administrative de 3 personnes, notre service contient une trentaine d’agents sur le terrain.

Le soir, j’ai donc fait mon discours. Elles pensaient peut-être que le fait de me prévenir à la dernière minute rendrait mes propos faibles et mal construits. J’en ai décidé autrement. J’ai décidé de parler de l’importance de la communication et de la cohésion dans une équipe. Ma collègue n’a pas su tenir un discours qui tient la route après mes paroles. Ma responsable a été sonnée par ces propos inattendus.

Le lendemain, une personne “du terrain”, qui passait devant mon bureau, est venue me saluer.  Elle m’a demandé les raisons de mon absence pendant 15 jours. J’ai prétexté un coup de fatigue, mais elle n’était pas dupe. Elle m’informe avoir constaté l’acharnement que j’ai subi de la part de ma responsable. Elle m’indique aussi que celle-ci n’a fait que me critiquer en public pendant ces dernières semaines, me rejetant tous les maux de la Terre sur les épaules. Elle résume le tout en m’affirmant : “Elle a ses têtes”. J’ai son soutien.

Chapitre 9 : Le quotidien reprit son cours

Les jours passèrent, le quotidien reprit son cours.

Ma collègue m’évitait, me parlait peu, était très froide. Mais cette puérilité m’indifférait.

Ma responsable changeait quelque peu sa stratégie. Puisque tout le monde était au courant de notre histoire et pensait que tout était définitivement perdu, alors elle voulait relever le challenge de prouver le contraire. Finies les humiliations, elle adopterait une attitude beaucoup plus posée, équilibrée, positive. Son objectif étant de me récupérer, puisqu’elle m’avait perdu depuis bien longtemps. Cette stratégie n’était en rien naturelle pour elle et la vérité revenait parfois au galop par petite touches.

Comme le jour où elle m’a demandé mon signe astrologique et a répondu le plus sincèrement du monde  “Tiens, c’est bizarre, je m’entends bien d’habitude avec les Lion”.

Comme le même jour où elle m’a demandé mon ascendant astrologique et m’a répondu “De toute façon, les Balance, elles balancent”.

Comme le jour où je suis entrée dans son bureau et elle s’est exclamé “Tiens, voilà Javotte”. Et face à ma demande d’explication, elle expliqua d’un air narquois “Javotte, c’est celle qui balance. Elle dit rien, puis t’en colle une derrière la tête”.

Mais cette aigreur m’indifférait aussi.

Quant à moi, mon maitre-mot était “le recul”. Prendre du recul fasse à son comportement théâtral et ses maladresses. Prendre du recul fasse au silence de ma collègue. Ce recul m’a créé le bouclier qui me manquait. Il m’a permis de ne plus être affectée par les comportements toxiques de mes plus proches collègues. L’ironie était ma plus fidèle amie et je riais de leur comportement.

Cela m’a permis de venir au travail d’un pas léger, avec la sensation d’avoir vaincu le pire.

Cela m’a permis d’améliorer mes conditions de travail et donc de me donner l’envie de plus m’investir.

Cela m’a permis de rendre un travail rapide et soigné.

Cela m’a permis d’avoir une assurance.

Cela m’a permis de m’ouvrir, de communiquer, d’alerter.

Cela m’a permis de formuler des avis aiguisés sur certaines situations auxquelles était confrontée l’équipe, et d’être appréciée pour mon sens de l’analyse.

Bref, au fil des mois, mes plumes ont repoussé et j’ai pu prendre mon envol.

Entre temps, ma responsable a récidivé et une stagiaire en a fait les tristes frais. Nos situations ont des ressemblances qui rend la comparaison inévitable. Elle lui a fait perdre toute estime d’elle, l’a humiliée et l’a mise en position d’échec.

Chapitre 10 : Alors quoi ?

Alors quoi ? Pourquoi tout ces mots, alors que tout cela a commencé en janvier 2016 et que nous sommes en été 2017 ?

Parce que l’histoire de cette stagiaire (notre stagiaire, ma stagiaire) est toute récente et qu’elle a fait murir beaucoup de choses en moi.

Lors de son dernier jour, la stagiaire est venue en pleur dans mon bureau. Epuisée par une énième remarque de la part de la responsable. Apeurée par son emprise qui l’embarquait dans un tourbillon infernal.

Et ce fut l’engrenage. Une collègue, qui a également été témoin de ses pleurs, a alerté son responsable. Qui a alerté le Directeur Général Adjoint. Qui a alerté une élue de notre collectivité. Qui a souhaité m’entendre à ce sujet, persuadée que j’avais des choses à dire.

Alors j’ai parlé. Les remarques, les humiliations, l’état d’esprit de ma responsable. J’ai tout dit. Et l’élue a conclu par ces mots : “Maintenant que vous le dites, je me rappelle de certaines choses à son sujet”. Je venais donc corroborer un avis qui était déjà forgé. Ces paroles sont venues m’enlever un poids. Le fameux poids de l’incompréhension à laquelle j’avais fait face et qui avait généré cet inexorable sentiment de solitude.

Au final, la Directrice Générale a appelé la stagiaire pour lui formuler son soutien, lui indiquant qu’elle était tombé “sur la mauvaise personne” et que cela était intolérable. Le professeur tuteur de la stagiaire venait en rajouter une couche, en appelant ma responsable pour lui formuler ses pensées, aussi épicées soient elles.

Bref, aujourd’hui, je suis en mesure d’analyser cette aventure et d’en tirer des conclusions.

Aujourd’hui, je suis capable de scander cette expression en laquelle je n’ai pourtant jamais cru jusqu’ici : La roue tourne.

La roue tourne parce que j’ai fait face à l’incompréhension de tous : Ils étaient persuadés que je m’étais montrée trop susceptible et à fleur de peau face à une responsable, certes, un peu “rentre-dedans” mais au bon cœur. Aujourd’hui, j’ai la sensation que les esprits s’éveillent, les interrogations émergent, les suspicions se confirment : Et si ses dénonciations étaient vraies ?

La roue tourne car notre service ferme et j’en suis la seule rescapée. Je vais être affectée dans un autre service, dans lequel je me sens bien. Ma responsable va être reléguée au rang d’assistante de direction pendant 4 mois, en digne “roue de secours”, le temps que mon ancienne responsable revienne. Ma collègue va quant à elle être affectée à un poste dont elle ne veut pas, chapeautée par des personnes qui ne veulent pas d’elle. Ainsi, mes deux comparses pleurent car elles vont être séparées et ont une évolution qu’elles ne souhaitaient pas. Ma collègue a perdu l’appétit et en vomi même parfois. Bref, elles sont au plus bas. Ma collègue connait désormais la définition du mal-être professionnel. Ce fameux mal-être qu’elle n’a pas souhaité comprendre quand c’était mon tour, préférant alors m’ignorer et m’adresser le moins possible la parole.

Pendant ce temps, je crois pouvoir dire que je n’ai jamais été aussi haut.

Je suis en haut car j’ai eu la force de surmonter cette épreuve alors que je me pensais faible. Parce que je sais que je suis capable de renaitre de mes cendres. Parce que j’ai la sensation que rien de pire ne pourra m’atteindre. Parce que j’ai conscience de l’importance des valeurs qui sont les miennes, dans ce monde du travail qui va mal. Parce que je connais mes qualités professionnelles. Parce qu’elles n’obtiennent pas ma haine aujourd’hui, et que j’ai la maturité de porter malgré tout un soutien et une oreille attentive envers mes deux collègues, certes responsables de ma chute, mais qui vont mal. “La haine ne produit pas de valeur” a dit récemment SolangeTeParle dans l’une de ses vidéos. C’est l’une des conclusions que j’ai tiré de cette histoire.

J’ai aussi analysé le comportement de ma responsable pour réussir à donner un nom à ses maux : Le mot “manipulation”.

Le manipulateur culpabilise. Rejette ses responsabilités sur autrui. Est d’une efficacité redoutable pour atteindre ses propres buts. Change ses façons de communiquer selon les situations et les interlocuteurs. Dévalorise l’autre puis le flatte. Divise pour mieux régner. Se place en victime pour attirer la compassion. Scande que ses agissements sont fondés sur des raisons logiques et des principes moraux. Simule des connaissances pour créer un sentiment d’ignorance chez l’autre. Ment. Est égocentrique. Ne supporte pas la critique, quitte à nier les évidences. A des comportements qui vont à l’inverse de son discours…

Vous constaterez que chacune de ces énonciations est illustrée d’un exemple dans mon récit.

Conclusion

Alors je conclurai par ces mots.

Le phœnix a 3 avantages face au vautour :

– Il renait de ses cendres, alors que le vautour meurt seul, rongé par les vers.

– Il ne se nourrit pas de carcasses : Sa vie ne tient donc pas à croquer des proies déjà trop affaiblies,  qu’un simple coup de griffe achèvera. Bref, son existence ne se base pas sur la détresse des autres.

– Son plumage est beau et rempli de couleurs, et orne des ailes qui sauront l’amener très haut et très loin. Ce n’est pas pour rien qu’on l’appelle l’Oiseau du Soleil.

 

L’Oiseau du Soleil.

J’ai un soleil tatoué depuis plusieurs année sur mon omoplate, bien avant que toute cette histoire ne se passe.

Ironie.

J’ai un soleil tatoué sur mon aile.

Et il ancre plus que jamais en moi les principes que je veux porter.

Et il saura me rappeler que mes valeurs ne sont pas les leurs.

Et il saura me rappeler que la vraie force n’est pas d’être en capacité d’écraser l’autre, mais d’être capable de résister à la toxicité des gens qui ne savent plus faire le bien autour d’eux.

 

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Manipulation en milieu professionnel – Partie 1

Sans titre 1

Tel un loup dans la bergerie, ma responsable est arrivée dans le service en janvier 2016, pour un remplacement de deux ans.

Employée suffoquant dans une structure où je ne trouvais pas ma place, j’étais alors ouverte au changement, à l’air frais qu’elle avait dans les poumons et qu’elle pouvait insuffler. Quarantenaire dynamique venue d’une autre région, ayant plaqué mari et enfants pour obtenir ce poste : En voilà de la détermination, du volontarisme, de l’investissement personnel, de l’ambition professionnelle !

Il nous avait été confié qu’elle n’avait malgré tout pas été le premier choix. Loin de là, elle avait même était le dernier, la seule qui ait maintenu sa candidature. Tous les autres prétendants avaient abdiqués avant d’essayer. Pas grave, je place malgré tout mes espoirs sur ses frêles épaules.

Ce que je ne savais pas, du haut de mes 23 ans, c’est que son arrivée sonnait la naissance d’une nouvelle ère. La désagréable expérience de la manipulation en milieu professionnel.

Chapitre 1 : Le loup est dans la bergerie

Face à elle, deux brebis galeuses : Ma collègue et moi.

L’une est dans le service depuis plusieurs années. Son professionnalisme n’est plus à démontrer. Elle a été le fidèle bras droit de l’ancienne responsable, jusqu’à en devenir son ombre. Complexée par son “chochotement”, elle dissimule une crainte à communiquer, qu’elle camoufle ou surmonte au mieux, mais le manque de confiance en elle est évident.

L’autre est une petite jeunette qui à tout l’air d’avoir été écrasée par les attentes inassouvibles d’une ancienne responsable mal dans sa peau. Elle marche le dos vouté, baisse les yeux et se cache derrière ses cheveux. Elle fuit. Elle ne croit plus en elle et, elle aussi, est marquée par une crainte à communiquer, forgée par la peur d’être une nouvelle fois blâmée pour avoir mal fait, encore et toujours.

Je suis l’Autre. Je suis la seconde brebis galeuse.

Bref deux bêtes aux sens altérés et au pas claudiquant, en quête du berger qui saura leur montrer le bon chemin. Et un loup qui se délecte de ce repas qui lui est offert. Ses premiers mots à leur encontre seront : “Vous ne m’écraserez pas”. Le ton était lancé. Sa stratégie était dessinée. “Le loup et les deux brebis” : Un titre digne des fables de la Fontaine. Quand la fiction devient réalité.

La stratégie première du loup est de se faire passer pour le berger et d’appâter une des brebis pour renverser le rapport de force.

Les deux brebis s’étaient en effet promis de rester soudées face à cette nouvelle venue. Or il est de coutume qu’un trio se décompose en “2+1”. Le loup avait donc à cœur de rompre l’alliance établie et prendre une brebis sous sa coupe. Il a alors jeté son dévolu tout naturellement sur la brebis la plus alerte, celle qui tiendra le plus longtemps la route : Il lui faut un bâton solide pour entamer ce nouveau périple. Ma collègue croquait naïvement dans l’appât et se retrouvait enlacée entre ses griffes.

Avant, nous étions les deux assistantes de la responsable. Désormais, ma collègue serait la seule et l’unique. C’est décrété, assumé, crié sur tout les toits. Elle serait SON assistante et je serais LA secrétaire du service. Vous remarquerez l’emploi du possessif dans une formule, mais pas dans l’autre.  Elle serait SA confidente, et je serais réduite à celle qui fait des tableaux Excel et retape au propre ses comptes-rendus.

Avant, ma collègue arrivait à 7h45 et prenait le temps de fumer une cigarette avec les collègues, le sourire aux lèvres, pendant que le jour se dévoilait. Elle s’installait à son bureau à 7h53 pour être prête et opérationnelle à 8h00, en bonne employée consciencieuse. Désormais, ma collègue irait chercher la responsable chez elle en voiture (cette dernière scandant capricieusement, avec une moue boudeuse, qu’elle n’aimait pas faire ses 10 minutes de trajet à pieds). Elles arriveraient toutes deux avec 20 minutes de retard, s’installeraient dans leurs bureaux avec de grands éclats de rire, passant devant mon bureau en omettant de dire bonjour à la “troisième roue du vélo”.

Le pacte initial était donc rompu et le rapport de force inversé. Le tout sonnait sa première victoire. Le début d’une amitié pour les unes, le glas d’une pesante solitude pour l’autre. L’Autre. Désormais, je serai l’Autre.

Chapitre 2 : Première brasse, première tasse

Je me suis donc renfermée, comprenant qu’un lien se tissait entre les deux mais pas avec moi. Ma responsable a malgré tout humé la pointe d’espoir qui restait en moi. L’espoir qu’on vienne me prendre par la main et qu’on me fasse entrer dans la danse.

Un matin, elle est entrée dans mon bureau, accompagnée de celle qui était désormais son fidèle valet. Elle voulait parler de notre ancienne responsable. Celle qui nous a laissé sa plante verte qu’elle avait reçu pour ses 18 ans, en nous demandant de nous en occuper jusqu’à son retour. Celle qui nous a laissé une liste des tâches à réaliser, juste avant son départ. Celle qui nous envoyait des mails depuis quelques jours pour savoir comment cela se passait en son absence. Celle qui a tout fait pour laisser encore son empreinte. Je participe à la conversation en formulant un avis très rationnel et le plus objectif possible.

Elle me coupe alors : “Je sais ce que vous avez vécu avec elle”. Je me tais et je rougis, surprise par cette phrase aussi violente qu’inattendue. Elle renchérit, le regard planté dans le mien : “Inutile de rougir, je vois bien que cela vous procure une émotion. Je sais ce que vous avez vécu avec elle”.

Et je pleure. Les larmes sortent. Celles qui pesaient sur mes joues depuis si longtemps. Car oui, j’ai vécu des choses avec mon ancienne responsable.

J’étais incapable de répondre à ses attentes. Elle nous envoyait par mail une liste des tâches de 40 points à faire en un délai record. Elle me demandait d’imprimer et classer mes mails, chose dont j’étais incapable, car ce n’était en rien naturel. Elle me laissait seule face à des dossiers pour lesquels je n’avais aucun outil pour les mener à bien correctement. Je me sentais incompétente, ce qui induisait une lenteur : Je préférais “ne rien faire” que de “mal faire”. Elle a fini par me demander de ne plus faire de pause avec mes collègues, car je devais optimiser mon temps. Je venais donc la boule au ventre, m’enfermer dans ce bureau, guettant le bruit de ses talons qui s’approchaient et qui annonçaient une énième charge contre moi. Elle pleurait, elle partait en arrêt maladie et embarquait tout le service avec elle pour un long voyage vers le mal-être. Jusqu’au jour où elle m’a informée que j’étais sur la sellette car la direction hésitait à me titulariser pour insuffisance professionnelle. Le coup de grâce. Je ne croyais plus en moi et plus personne ne croyait en moi.

Bref, j’ai tout déballé à cette nouvelle responsable. Elle m’a dit que cela s’appelait du harcèlement. Elle m’a dit qu’elle ferait tout pour me sauver et m’éloigner d’elle quand elle reviendrait. Elle m’a aussi demandé  pourquoi mon compagnon n’était pas intervenu pour arrêter l’hémorragie.

Ma nouvelle responsable s’est transformée en Superman en l’espace de cinq minutes. Elle a mis des mots sur un mal-être, qu’elle a su détecter avec une rapidité déconcertante.

Ce que je ne savais pas, c’est que je lui offrais du pain béni. “Tenez, et mangez en tous, ceci est mon corps, livré pour vous”.

Elle avait fait naitre dans mes yeux la flamme qu’elle attendait. Un regard qui dit à la fois “Vous êtes mon ultime espoir” et “Vous avez toutes les cartes en mains”. Ce sentiment de puissance qu’elle aime tant.

J’étais en train de me noyer et elle est arrivée sur son bateau.

Elle a tendu la main vers moi.

J’ai cru que c’était pour que je la saisisse et qu’elle me tire de l’eau.

Mais du bout des doigts, elle allait enfoncer ma tête dans les vagues. Puis elle allait me laisser remonter en surface pour que je reprenne une bouffée d’air. Parfois, elle me tendrait même le bras en me disant “Saisis ma main, je te sauve”. Et puis non finalement, j’appuie un peu pour t’immerger. Et puis si. Et puis non. On arrête ? Non, je plaisante, on continue. Tu veux jouer avec moi ?

Chapitre 3 : M’accordez-vous cette danse ?

Je voulais qu’elle me fasse rentrer dans la danse ? Me voilà servie. Elle m’a entrainée dans une valse où la culpabilisation est reine et la perversion est le plus beau pas.

Elle m’isole de plus en plus pour entretenir une relation privilégiée avec ma collègue. Mais elle me le reproche et m’indique que je m’isole toute seule et ne suis pas ouverte aux autres. Je suis sauvage et égocentrée. Elle réussit à m’en convaincre.

Elle me répète que personne n’a l’air de me connaitre, à part mes collègues proches. Alors qu’en réalité, avant ce poste, j’ai eu celui d’agent d’accueil et que j’étais à l’inverse celle que tout le monde connaissait. Je suis transparente. Elle réussit à m’en convaincre.

Elle génère mon mal-être et m’enfonce dans ce système où je rends les dossiers en retard ou avec des erreurs. Elle me dit que c’est de ma faute, et que si je ne l’alerte pas, c’est parce que je ne le veux pas. C’est parce que je ne suis pas investie dans mon travail et que je refuse d’entrer dans une cohésion d’équipe. Je suis mauvaise dans mon poste. Elle réussit à m’en convaincre.

Et pourtant, tout cela était faux.

Elle m’humilie en se moquant de ma permanente ratée pendant les pauses cigarettes. Une fois. Deux fois. Trois fois.

Elle se vante ironiquement devant tout le monde de me fâcher et indique que je dois me sentir bien mieux quand elle n’est pas là. Une fois. Deux fois. Trois fois.

Et tout cela ponctuait de pointes de douceur, où elle me regardait avec un regard amoureux en me disant qu’elle “avait beaucoup d’affection pour moi”.

Les montagnes russes des sentiments.

Je te déteste.

Je t’aime.

Je te déteste.

Je te déteste.

Je te déteste.

Je t’aime.

Je te déteste.

Face à cette culpabilisation et ces humiliations publiques, je continue à me renfermer sur moi-même et me persuade que je ne suis bonne à rien. Pendant ce temps, elle gagne des points auprès des autres agents, qui apprécie son humour et sa joie de vivre.

Chapitre 4 : Un week-end, une biche, un rhume

Viens alors le jour où je fais une grossière erreur sur un dossier, qui aurait pu entrainer des conséquences graves. Tout cela parce que j’ai fuis, j’ai fait l’autruche face à un soucis qui se posait et que je n’ai pas su résoudre. Et de peur de me faire encore blâmée, je n’ai pas alertée. Je suis rentrée chez moi l’air de rien, pour un week-end prolongé.

J’ai reçu quelques heures plus tard un message vocal incendiaire de sa part, m’informant des conséquences qu’auraient pu avoir mon erreur.

Je me suis effondrée sur le canapé, et j’ai pleuré face à la criante vérité qui s’imposait à moi.

Mais j’ai trouvé la force de la rappeler afin d’en discuter.

Je la découvre alors mielleuse, se confondant en excuses pour la violence du message qu’elle m’avait laissé. Tout n’était pas de ma faute et il fallait relativiser la situation.

J’ai donc savouré mon week-end, apaisée par ses mots et convaincue que l’affaire était close.

Mais mon retour fut brutal.

Tout partait pourtant d’une bonne intention de ma part : Je l’ai salué, en lui demandant si le week-end avait été bon.

Je me souviendrai toujours de son discours.

“Pour rattraper votre erreur, j’ai voulu venir plus tôt lundi. J’ai donc fait des heures supplémentaires. Par conséquent, je suis partie plus tôt de chez moi, et sur l’autoroute j’ai heurté une biche. J’ai eu beaucoup de chance dans cet accident, les dégâts ne sont que matériels. 500 € de réparations. En attendant la dépanneuse, j’ai pris froid et ai attrapé la grippe. Je n’ai donc plus de voiture, et mon mari a du prendre un des ses rares jours de RTT pour m’amener au travail. J’ai donné ma grippe à la stagiaire, qui est absente aujourd’hui. Et vous, vous avez passé un bon week-end ?”

La théorie de l’effet papillon. Le choc. Le silence. Le poids d’une culpabilité sur les épaules. Le retour d’une affaire que je pensais close, ou presque. Bref, la violence d’une fausse-joie.

Et elle allait raconter son histoire à qui veut l’entendre, en me lançant des regards noirs ou en faisant allusion à ma responsabilité. Une fois. Deux fois. Trois fois.

Une fois. Deux fois. Trois fois.

Un. Deux. Trois.

Toujours le même rythme entêtant.

Une valse où la culpabilisation est reine et la perversion est le plus beau pas.

Chapitre 5 : La goutte d’eau

Je n’avais pas sa confiance, elle n’avait pas la mienne. Face au spectacle, ma collègue avait sciemment pris partie pour le plus fort. Je l’avais donc définitivement perdue, et me retrouvais bien seule.

Je continuais à m’enfoncer dans mon mal-être. A être lente car j’avais peur. A faire des erreurs car j’étais persuadée d’en être une.

Puis je rentrais chez moi et je pleurais. Parce que je n’y arrivais plus. Parce que je m’étais pris une énième charge et que c’est tout ce que je méritais.

Face à cela, mon compagnon était nerveux. Il me demandait de me ressaisir, d’aller la voir et de taper du poing sur la table. Mais j’en étais incapable. Parce que ce n’était pas dans mon caractère, que je n’avais plus la force de me faire violence et qu’après tout, ses remarques étaient légitimes. Il la maudissait et me disait “Je te préviens, je vais finir par aller la voir à ta place”.

Et un soir, il l’a fait. La goutte d’eau avait fait déborder le vase.

Il s’est présenté à l’accueil, qui l’a redirigé vers le bureau de ma responsable.

Il lui a demandé des explications : Pourquoi rentrais-je chez moi en pleurant ?

Elle a pris ses grands airs de responsable, en parlant posément, en utilisant des mots intelligents, en donnant l’illusion d’être un puit de connaissances.  Un rôle qu’elle aime jouer mais qui prête à rire quand on la connait, car cette scène transpire la comédie.

Il lui a reproché ses méthodes, qui n’avaient rien d’humaines.

Elle est sortie de ses gonds : “Vous me dites que je ne suis pas humaine ?!”.

Elle a alors alterné entre phases de colère et de calme, décontenancée par une personne qui lui tient tête.

L’échange s’est terminé. Mon compagnon est rentré à la maison.

“Tu étais où, j’essayais de te joindre ?”

Et avec la mou d’un enfant qui a fait un bêtise, il me répondit “J’étais avec elle.”

La suite est ici : Manipulation en milieu professionnel – Partie 2

Une bulle bizarre

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Il semblerait qu’en me lançant dans la rédaction de cet article, je me lance avant tout dans la lourde tâche de débuter ce blog.

Lourde tâche, notamment parce qu’il sous-entend une présentation. Et qu’il est compliqué d’introduire un blog quand on n’en connait pas forcément l’origine, ni la raison, ni le but.

Alors je commencerai ce blog par la photo d’une petite fille, prise au début des années 90.

On peut parler du pantalon vert à pois blancs avec de petits personnages dont on n’arrive pas à distinguer l’identité.

On peut parler de ce sweet trop grand avec ses inscriptions colorées et très vintage.

On peut parler de ce canapé, aux motifs et couleurs improbables.

Mais on verra surtout une petite fille qui semble clairement dans sa bulle, prise dans ses pensées. Un air interrogateur, pensif, presque nostalgique.

Et en même temps, il y a cette posture allongée, le visage posé, pour ne pas dire écrasé, sur sa main. Une posture qui évoque une lassitude, un lâcher prise, presque un je-m’en-foutisme. On m’a posée là, alors ainsi soit il, je prends ce monde tel qu’il est.

Cette petite fille, c’est moi. Et je suis toujours dans ma bulle. Une bulle bizarre.