Manipulation en milieu professionnel – Partie 2

(suite)

Attention, cet article sera un m√©lange de patois et de bengali si vous n’avez pas lu l’article Manipulation en milieu professionnel – Partie 1 ūüėČ

Chapitre 6 : L’explosion

Le lendemain matin au r√©veil, stress, boule au ventre et naus√©e sont mes meilleurs amis. Je m’attends √† tout.

A mon arrivée, ma responsable nous convoque toutes dans son bureau pour faire un point. Ma collègue, notre stagiaire et moi. Après un bilan du travail en cours, ma responsable me lance alors :

“- Vous avez quelque chose √† rajouter ?

– Non.

– Vous √™tes sure que vous n’avez rien √† rajouter ?

– D’accord, mais seule √† seule.

– Non, c’est soit rien, soit devant tout le monde, car le probl√®me qu’on doit √©voquer impacte tout le service.”

La machine est lancée, les mitraillettes sont armées et je reçois les balles une à une avec une impuissance qui me rend muette.

Mon compagnon est un homme violent qui l’a agress√©e.

Si je suis en mal-√™tre, c’est sans doute √† cause de lui car il me rend malheureuse.

Je pr√©tend √™tre en mal-√™tre mais c’est tout le service qui est en mal-√™tre √† cause de moi.

Je suis √©go√Įste et √©gocentr√©e.

Je ne retiens que le négatif.

Ma collègue et la stagiaire font mon travail à ma place depuis plusieurs mois.

Mon compagnon en sait trop sur ce qui s’est pass√©, sur les moqueries que j’ai subi. Je n’ai pas respect√© mon obligation de discr√©tion professionnelle, la direction va en √™tre inform√©e et je vais peut-√™tre √™tre bl√Ęm√©e.

Dans ce d√©luge, ma coll√®gue verse quelques larmes dont je suis apparemment responsable. La stagiaire reste sous le choc car elle n’avait rien vu de tout le mal-√™tre qui planait sur notre service.

Et face √† cela, rien ne sort, ni mot, ni larme. Je bafouille des paroles d√©cousues dont je n’ai aucun souvenir. Je me rappelle avec aigreur du jour o√Ļ cette nouvelle responsable m’avait demand√© pourquoi mon compagnon n’√©tait pas intervenu face aux probl√®mes que j’avais avec mon ancienne responsable. Je vous laisse palper l’ironie de la situation.

Je ressors sonn√©e. Je croise une coll√®gue que j’appr√©cie et l’avertis de ce qui vient de se passer. Choqu√©e par ma d√©tresse, elle alerte le Comit√© d’Hygi√®ne et de S√©curit√©.

Je sors dehors pour appeler mon m√©decin : Je ne peux plus tenir, je dois prendre un temps d’arr√™t. En raccrochant, je croise un membre du Comit√© Technique. Je le salue, il me demande si je vais bien, je fond en larme.

La matin√©e continue et chacune met de l’eau dans son vin pour arriver √† travailler.

Le hasard fait que nous avions toutes pr√©vues d’aller manger ensemble le midi, √† la cantine de la commune. Nous maintenons le rendez-vous.

Durant ce repas, nous parlons posément.

Ma responsable me demande si cela se passait mieux dans mon ancien service.

Je lui r√©pond par l’affirmative, en lui indiquant que ce domaine me passionnait et que la coh√©sion d’√©quipe √©tait solide.

Elle me demande s’il y aurait moyen qu’un agent de ce service me c√®de sa place.

Je lui répond que cela me semble difficilement concevable.

Elle me demande quelle serait la personne qui pourrait le plus souhaiter partir de ce service.

Je lui parle de Nathalie Dupont, en pr√©cisant qu’il s’agit d’une personne qui pourrait finir par avoir envie de changer de poste au vue de son anciennet√©, mais sans doute √† l’int√©rieur m√™me de son service, pour √©voluer et prendre des responsabilit√©s.

Elle me dit que quoiqu’il en soit, elle se battra pour moi aupr√®s de la Direction, afin que je r√©affecte t√īt ou tard ce service.

Le repas se cl√īt. Je pars chez le m√©decin. Je suis arr√™t√© 15 jours pour “Etat de profonde tristesse, d√©prime et fatigue psychique”.

Je re√ßois un SMS, le soir m√™me, d’une personne du Comit√© Technique. Elle est disponible pour me rencontrer et √©voquer le probl√®me. Le rendez-vous est fix√© au lendemain midi.

Chapitre 7 : L’Abandon

Le lendemain midi, je partage donc un repas avec deux personnes du Comit√© Technique. Je leur explique ce que j’ai v√©cu, ils prennent des notes. Ils sont r√©volt√©s par les √©l√©ments que je leur fournis. Ils m’informent qu’ils iront parler √† ma responsable pour avoir sa version des faits, simple question de proc√©dure. Je ne touche pas √† mon assiette et j’ai les yeux embu√©s quand ils me demandent de tenir bon.

A mon retour au travail, ils m’indiqueront que cela doit √™tre un terrible quiproquo avec ma responsable, qui les a convaincu du bien fond√© de son comportement.

Le Comit√© d’Hygi√®ne et de S√©curit√© se dessaisit de l’affaire, qui ne semble pas entrer dans son domaine de comp√©tence.

Je prends rendez-vous avec la m√©decine du travail pour les alerter. Mais avant de me recevoir, le m√©decin a re√ßu un appel de la directrice des Ressources Humaines, amie de ma responsable, leur indiquant que celle-ci avait √©t√© victime de l’agressivit√© de mon compagnon √† ce sujet. Le m√©decin me le rappelle sans cesse lors de notre entretien et me demande de m’adapter √† la personnalit√© de ma responsable. Je dois faire une travail sur moi, il me tend la carte du psychologue du travail.

Une coll√®gue demande √† l’Assistant pr√©vention, agent charg√© de prot√©ger les agents contre les risques physiques et psychologiques, d’intervenir. Il refusera, par affinit√© pour ma responsable ou par fuite du conflit.

Pendant ce temps, ma responsable r√©digera un compte-rendu √† mon sujet, destin√© √† la Direction. Elle indiquera le mal-√™tre qu’elle a d√©cel√© chez moi. Elle pr√©cisera que j’ai chang√© depuis que je me suis pacs√©e. Elle expliquera que mon compagnon est venu la voir, a √©t√© agressif et a altern√© entre phase de col√®re et de calme. Elle indiquera que je me suis montr√©e m√©prisante envers ma coll√®gue, lors de “l’entretien-fusillade”. Elle expliquera aussi que j’ai formul√© la demande de retourner dans mon ancien service, et prendre la place de Nathalie Dupont. Face √† cela, elle aurait r√©pondu que ma demande n’√©tait pas recevable.

Mon compagnon obtiendra l’interdiction de remettre les pieds sur mon lieu de travail. La consigne sera donn√© √† tous les agents d’accueil.

‚ÄúLa pire souffrance est dans la solitude qui l‚Äôaccompagne.‚ÄĚ disait Andr√© Malraux.

Chapitre 8 : La reconstruction

J’√©tais donc un vulgaire tas de poussi√®re, et on m’avait gliss√© sous le paillasson d’un simple coup de balayette.

Je n’√©tait plus capable de m’alimenter ¬†et suis descendue √† 46 Kg.

J’ai perdu foi en toute les instances qui auraient pu m’aider mais qui ne l’ont pas fait. Car elles ne le souhaitaient pas ou car elles avaient √©t√© manipul√©es.

J’√©tais condamn√©e √† travailler avec cette responsable au comportement pathologique et cette coll√®gue qui me tournait d√©sormais le dos.

J’ai donc d√©cid√© de me reconstruire tant bien que mal. J’ai d√©cid√© de penser √† moi.

Je me suis octroy√©e le temps de vaquer √† l’une de mes passions, la peinture. Et c’est pendant mon arr√™t que j’ai vendu ma premi√®re toile.

J’ai gout√© pour la premi√®re fois au plaisir du massage professionnel.

J’ai pris le temps de savourer des moments en famille et entre amis, et ils m’ont √©t√© d’une aide fondamentale.

J’ai re√ßu l’acceptation de notre proposition d’achat pour notre future maison pendant mon arr√™t. Et on ne peut pas nier l’impact d’un beau projet dans cette reconstruction.

J’ai pris rendez-vous chez un psychiatre √©galement. J’avais besoin d’un regard ext√©rieur, objectif et professionnel, qui √©tait en capacit√© de me dire “Vous avez un s√©rieux probl√®me” si tel √©tait le cas. Mais ce fut l’inverse. Au fil des s√©ances, j’ai compris que je n’√©tais pas celle qui avait le plus besoin d’√™tre soign√©e. Il a permis de changer ma rancune en piti√©. Car ma responsable devait √™tre dr√īlement triste dans sa vie pour en arriver √† ce genre de comportement.

J’ai √©galement travaill√© dur pour pr√©parer mon oral de concours. Car moins d’un mois apr√®s ce qui c’√©tait pass√©, je devais faire fasse √† un jury qui jaugerait pas capacit√© √† assumer mon poste. Concours obtenu haut la main, et qui est venu attester de ma valeur professionnelle.

Me voilà parée pour retourner dans la fosse aux lions.

Chapitre 8 : Le retour

La date de mon retour √©tait fix√©e un lundi. Et comme tous les lundis matin, ma responsable n’√©tait pas l√†. L’accueil de ma coll√®gue fut glacial. Les rares mots qu’elle m’adressa furent : “Tu dois faire un discours de 5 minutes √† la r√©union-bilan de ce soir”.

La r√©union-bilan de ce soir. Je l’avais oubli√©e. C’est une r√©union annuelle o√Ļ chaque agent du service dresse le bilan de l’ann√©e √©coul√©e. Car au del√† d’une √©quipe administrative de 3 personnes, notre service contient une trentaine d’agents sur le terrain.

Le soir, j’ai donc fait mon discours. Elles pensaient peut-√™tre que le fait de me pr√©venir √† la derni√®re minute rendrait mes propos faibles et mal construits. J’en ai d√©cid√© autrement. J’ai d√©cid√© de parler de l’importance de la communication et de la coh√©sion dans une √©quipe. Ma coll√®gue n’a pas su tenir un discours qui tient la route apr√®s mes paroles. Ma responsable a √©t√© sonn√©e par ces propos inattendus.

Le lendemain, une personne “du terrain”, qui passait devant mon bureau, est venue me saluer.¬† Elle m’a demand√© les raisons de mon absence pendant 15 jours. J’ai pr√©text√© un coup de fatigue, mais elle n’√©tait pas dupe. Elle m’informe avoir constat√© l’acharnement que j’ai subi de la part de ma responsable. Elle m’indique aussi que celle-ci n’a fait que me critiquer en public pendant ces derni√®res semaines, me rejetant tous les maux de la Terre sur les √©paules. Elle r√©sume le tout en m’affirmant : “Elle a ses t√™tes”. J’ai son soutien.

Chapitre 9 : Le quotidien reprit son cours

Les jours passèrent, le quotidien reprit son cours.

Ma coll√®gue m’√©vitait, me parlait peu, √©tait tr√®s froide. Mais cette pu√©rilit√© m’indiff√©rait.

Ma responsable changeait quelque peu sa strat√©gie. Puisque tout le monde √©tait au courant de notre histoire et pensait que tout √©tait d√©finitivement perdu, alors elle voulait relever le challenge de prouver le contraire. Finies les humiliations, elle adopterait une attitude beaucoup plus pos√©e, √©quilibr√©e, positive. Son objectif √©tant de me r√©cup√©rer, puisqu’elle m’avait perdu depuis bien longtemps. Cette strat√©gie n’√©tait en rien naturelle pour elle et la v√©rit√© revenait parfois au galop par petite touches.

Comme le jour o√Ļ elle m’a demand√© mon signe astrologique et a r√©pondu le plus sinc√®rement du monde ¬†“Tiens, c’est bizarre, je m’entends bien d’habitude avec les Lion”.

Comme le m√™me jour o√Ļ elle m’a demand√© mon ascendant astrologique et m’a r√©pondu “De toute fa√ßon, les Balance, elles balancent”.

Comme le jour o√Ļ je suis entr√©e dans son bureau et elle s’est exclam√© “Tiens, voil√† Javotte”. Et face √† ma demande d’explication, elle expliqua d’un air narquois “Javotte, c’est celle qui balance. Elle dit rien, puis t’en colle une derri√®re la t√™te”.

Mais cette aigreur m’indiff√©rait aussi.

Quant √† moi, mon maitre-mot √©tait “le recul”. Prendre du recul fasse √† son comportement th√©√Ętral et ses maladresses. Prendre du recul fasse au silence de ma coll√®gue. Ce recul m’a cr√©√© le bouclier qui me manquait. Il m’a permis de ne plus √™tre affect√©e par les comportements toxiques de mes plus proches coll√®gues. L’ironie √©tait ma plus fid√®le amie et je riais de leur comportement.

Cela m’a permis de venir au travail d’un pas l√©ger, avec la sensation d’avoir vaincu le pire.

Cela m’a permis d’am√©liorer mes conditions de travail et donc de me donner l’envie de plus m’investir.

Cela m’a permis de rendre un travail rapide et soign√©.

Cela m’a permis d’avoir une assurance.

Cela m’a permis de m’ouvrir, de communiquer, d’alerter.

Cela m’a permis de formuler des avis aiguis√©s sur certaines situations auxquelles √©tait confront√©e l’√©quipe, et d’√™tre appr√©ci√©e pour mon sens de l’analyse.

Bref, au fil des mois, mes plumes ont repouss√© et j’ai pu prendre mon envol.

Entre temps, ma responsable a r√©cidiv√© et une stagiaire en a fait les tristes frais. Nos situations ont des ressemblances qui rend la comparaison in√©vitable. Elle lui a fait perdre toute estime d’elle, l’a humili√©e et l’a mise en position d’√©chec.

Chapitre 10 : Alors quoi ?

Alors quoi ? Pourquoi tout ces mots, alors que tout cela a commencé en janvier 2016 et que nous sommes en été 2017 ?

Parce que l’histoire de cette stagiaire (notre stagiaire, ma stagiaire) est toute r√©cente et qu’elle a fait murir beaucoup de choses en moi.

Lors de son dernier jour, la stagiaire est venue en pleur dans mon bureau. Epuis√©e par une √©ni√®me remarque de la part de la responsable. Apeur√©e par son emprise qui l’embarquait dans un tourbillon infernal.

Et ce fut l’engrenage. Une coll√®gue, qui a √©galement √©t√© t√©moin de ses pleurs, a alert√© son responsable. Qui a alert√© le Directeur G√©n√©ral Adjoint. Qui a alert√© une √©lue de notre collectivit√©. Qui a souhait√© m’entendre √† ce sujet, persuad√©e que j’avais des choses √† dire.

Alors j’ai parl√©. Les remarques, les humiliations, l’√©tat d’esprit de ma responsable. J’ai tout dit. Et l’√©lue a conclu par ces mots : “Maintenant que vous le dites, je me rappelle de certaines choses √† son sujet”. Je venais donc corroborer un avis qui √©tait d√©j√† forg√©. Ces paroles sont venues m’enlever un poids. Le fameux poids de l’incompr√©hension √† laquelle j’avais fait face et qui avait g√©n√©r√© cet inexorable sentiment de solitude.

Au final, la Directrice G√©n√©rale a appel√© la stagiaire pour lui formuler son soutien, lui indiquant qu’elle √©tait tomb√© “sur la mauvaise personne” et que cela √©tait intol√©rable. Le professeur tuteur de la stagiaire venait en rajouter une couche, en appelant ma responsable pour lui formuler ses pens√©es, aussi √©pic√©es soient elles.

Bref, aujourd’hui, je suis en mesure d’analyser cette aventure et d’en tirer des conclusions.

Aujourd’hui, je suis capable de scander cette expression en laquelle je n’ai pourtant jamais cru jusqu’ici : La roue tourne.

La roue tourne parce que j’ai fait face √† l’incompr√©hension de tous : Ils √©taient persuad√©s que je m’√©tais montr√©e trop susceptible et √† fleur de peau face √† une responsable, certes, un peu “rentre-dedans” mais au bon cŇďur. Aujourd’hui, j’ai la sensation que les esprits s’√©veillent, les interrogations √©mergent, les suspicions se confirment : Et si ses d√©nonciations √©taient vraies ?

La roue tourne car notre service ferme et j’en suis la seule rescap√©e. Je vais √™tre affect√©e dans un autre service, dans lequel je me sens bien. Ma responsable va √™tre rel√©gu√©e au rang d’assistante de direction pendant 4 mois, en digne “roue de secours”, le temps que mon ancienne responsable revienne. Ma coll√®gue va quant √† elle √™tre affect√©e √† un poste dont elle ne veut pas, chapeaut√©e par des personnes qui ne veulent pas d’elle. Ainsi, mes deux comparses pleurent car elles vont √™tre s√©par√©es et ont une √©volution qu’elles ne souhaitaient pas. Ma coll√®gue a perdu l’app√©tit et en vomi m√™me parfois. Bref, elles sont au plus bas. Ma coll√®gue connait d√©sormais la d√©finition du mal-√™tre professionnel. Ce fameux mal-√™tre qu’elle n’a pas souhait√© comprendre quand c’√©tait mon tour, pr√©f√©rant alors m’ignorer et m’adresser le moins possible la parole.

Pendant ce temps, je crois pouvoir dire que je n’ai jamais √©t√© aussi haut.

Je suis en haut car j’ai eu la force de surmonter cette √©preuve alors que je me pensais faible. Parce que je sais que je suis capable de renaitre de mes cendres. Parce que j’ai la sensation que rien de pire ne pourra m’atteindre. Parce que j’ai conscience de l’importance des valeurs qui sont les miennes, dans ce monde du travail qui va mal. Parce que je connais mes qualit√©s professionnelles. Parce qu’elles n’obtiennent pas ma haine aujourd’hui, et que j’ai la maturit√© de porter malgr√© tout un soutien et une oreille attentive envers mes deux coll√®gues, certes responsables de ma chute, mais qui vont mal. “La haine ne produit pas de valeur” a dit r√©cemment SolangeTeParle dans l’une de ses vid√©os. C’est l’une des conclusions que j’ai tir√© de cette histoire.

J’ai aussi analys√© le comportement de ma responsable pour r√©ussir √† donner un nom √† ses maux : Le mot “manipulation”.

Le manipulateur culpabilise. Rejette ses responsabilit√©s sur autrui. Est d’une efficacit√© redoutable pour atteindre ses propres buts. Change ses fa√ßons de communiquer selon les situations et les interlocuteurs. D√©valorise l’autre puis le flatte. Divise pour mieux r√©gner. Se place en victime pour attirer la compassion. Scande que ses agissements sont fond√©s sur des raisons logiques et des principes moraux. Simule des connaissances pour cr√©er un sentiment d’ignorance chez l’autre. Ment. Est √©gocentrique. Ne supporte pas la critique, quitte √† nier les √©vidences. A des comportements qui vont √† l’inverse de son discours…

Vous constaterez que chacune de ces √©nonciations est illustr√©e d’un exemple dans mon r√©cit.

Conclusion

Alors je conclurai par ces mots.

Le phŇďnix a 3 avantages face au vautour :

РIl renait de ses cendres, alors que le vautour meurt seul, rongé par les vers.

– Il ne se nourrit pas de carcasses : Sa vie ne tient donc pas √† croquer des proies d√©j√† trop affaiblies,¬† qu’un simple coup de griffe ach√®vera. Bref, son existence ne se base pas sur la d√©tresse des autres.

– Son plumage est beau et rempli de couleurs, et orne des ailes qui sauront l’amener tr√®s haut et tr√®s loin. Ce n’est pas pour rien qu’on l’appelle l’Oiseau du Soleil.

 

L’Oiseau du Soleil.

J’ai un soleil tatou√© depuis plusieurs ann√©e sur mon omoplate, bien avant que toute cette histoire ne se passe.

Ironie.

J’ai un soleil tatou√© sur mon aile.

Et il ancre plus que jamais en moi les principes que je veux porter.

Et il saura me rappeler que mes valeurs ne sont pas les leurs.

Et il saura me rappeler que la vraie force n’est pas d’√™tre en capacit√© d’√©craser l’autre, mais d’√™tre capable de r√©sister √† la toxicit√© des gens qui ne savent plus faire le bien autour d’eux.

 

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Manipulation en milieu professionnel – Partie 1

Sans titre 1

Tel un loup dans la bergerie, ma responsable est arrivée dans le service en janvier 2016, pour un remplacement de deux ans.

Employ√©e suffoquant dans une structure o√Ļ je ne trouvais pas ma place, j’√©tais alors ouverte au changement, √† l’air frais qu’elle avait dans les poumons et qu’elle pouvait insuffler. Quarantenaire dynamique venue d’une autre r√©gion, ayant plaqu√© mari et enfants pour obtenir ce poste : En voil√† de la d√©termination, du volontarisme, de l’investissement personnel, de l’ambition professionnelle !

Il nous avait √©t√© confi√© qu’elle n’avait malgr√© tout pas √©t√© le premier choix. Loin de l√†, elle avait m√™me √©tait le dernier, la seule qui ait maintenu sa candidature. Tous les autres pr√©tendants avaient abdiqu√©s avant d’essayer. Pas grave, je place malgr√© tout mes espoirs sur ses fr√™les √©paules.

Ce que je ne savais pas, du haut de mes 23 ans, c’est que son arriv√©e sonnait la naissance d’une nouvelle √®re. La d√©sagr√©able exp√©rience de la manipulation en milieu professionnel.

Chapitre 1 : Le loup est dans la bergerie

Face à elle, deux brebis galeuses : Ma collègue et moi.

L’une est dans le service depuis plusieurs ann√©es. Son professionnalisme n’est plus √† d√©montrer. Elle a √©t√© le fid√®le bras droit de l’ancienne responsable, jusqu’√† en devenir son ombre. Complex√©e par son “chochotement”, elle dissimule une crainte √† communiquer, qu’elle camoufle ou surmonte au mieux, mais le manque de confiance en elle est √©vident.

L’autre est une petite jeunette qui √† tout l’air d’avoir √©t√© √©cras√©e par les attentes inassouvibles d’une ancienne responsable mal dans sa peau. Elle marche le dos vout√©, baisse les yeux et se cache derri√®re ses cheveux. Elle fuit. Elle ne croit plus en elle et, elle aussi, est marqu√©e par une crainte √† communiquer, forg√©e par la peur d’√™tre une nouvelle fois bl√Ęm√©e pour avoir mal fait, encore et toujours.

Je suis l’Autre. Je suis la seconde brebis galeuse.

Bref deux b√™tes aux sens alt√©r√©s et au pas claudiquant, en qu√™te du berger qui saura leur montrer le bon chemin. Et un loup qui se d√©lecte de ce repas qui lui est offert. Ses premiers mots √† leur encontre seront : “Vous ne m’√©craserez pas”. Le ton √©tait lanc√©. Sa strat√©gie √©tait dessin√©e. “Le loup et les deux brebis” : Un titre digne des fables de la Fontaine. Quand la fiction devient r√©alit√©.

La strat√©gie premi√®re du loup est de se faire passer pour le berger et d’app√Ęter une des brebis pour renverser le rapport de force.

Les deux brebis s’√©taient en effet promis de rester soud√©es face √† cette nouvelle venue. Or il est de coutume qu’un trio se d√©compose en “2+1”. Le loup avait donc √† cŇďur de rompre l’alliance √©tablie et prendre une brebis sous sa coupe. Il a alors jet√© son d√©volu tout naturellement sur la brebis la plus alerte, celle qui tiendra le plus longtemps la route : Il lui faut un b√Ęton solide pour entamer ce nouveau p√©riple. Ma coll√®gue croquait na√Įvement dans l’app√Ęt et se retrouvait enlac√©e entre ses griffes.

Avant, nous √©tions les deux assistantes de la responsable. D√©sormais, ma coll√®gue serait la seule et l’unique. C’est d√©cr√©t√©, assum√©, cri√© sur tout les toits. Elle serait SON assistante et je serais LA secr√©taire du service. Vous remarquerez l’emploi du possessif dans une formule, mais pas dans l’autre. ¬†Elle serait SA confidente, et je serais r√©duite √† celle qui fait des tableaux Excel et retape au propre ses comptes-rendus.

Avant, ma coll√®gue arrivait √† 7h45 et prenait le temps de fumer une cigarette avec les coll√®gues, le sourire aux l√®vres, pendant que le jour se d√©voilait. Elle s’installait √† son bureau √† 7h53 pour √™tre pr√™te et op√©rationnelle √† 8h00, en bonne employ√©e consciencieuse. D√©sormais, ma coll√®gue irait chercher la responsable chez elle en voiture (cette derni√®re scandant capricieusement, avec une moue boudeuse, qu’elle n’aimait pas faire ses 10 minutes de trajet √† pieds). Elles arriveraient toutes deux avec 20 minutes de retard, s’installeraient dans leurs bureaux avec de grands √©clats de rire, passant devant mon bureau en omettant de dire bonjour √† la “troisi√®me roue du v√©lo”.

Le pacte initial √©tait donc rompu et le rapport de force invers√©. Le tout sonnait sa premi√®re victoire. Le d√©but d’une amiti√© pour les unes, le glas d’une pesante solitude pour l’autre. L’Autre. D√©sormais, je serai l’Autre.

Chapitre 2 : Première brasse, première tasse

Je me suis donc renferm√©e, comprenant qu’un lien se tissait entre les deux mais pas avec moi. Ma responsable a malgr√© tout hum√© la pointe d’espoir qui restait en moi. L’espoir qu’on vienne me prendre par la main et qu’on me fasse entrer dans la danse.

Un matin, elle est entr√©e dans mon bureau, accompagn√©e de celle qui √©tait d√©sormais son fid√®le valet. Elle voulait parler de notre ancienne responsable. Celle qui nous a laiss√© sa plante verte qu’elle avait re√ßu pour ses 18 ans, en nous demandant de nous en occuper jusqu’√† son retour. Celle qui nous a laiss√© une liste des t√Ęches √† r√©aliser, juste avant son d√©part. Celle qui nous envoyait des mails depuis quelques jours pour savoir comment cela se passait en son absence. Celle qui a tout fait pour laisser encore son empreinte. Je participe √† la conversation en formulant un avis tr√®s rationnel et le plus objectif possible.

Elle me coupe alors : “Je sais ce que vous avez v√©cu avec elle”. Je me tais et je rougis, surprise par cette phrase aussi violente qu’inattendue. Elle rench√©rit, le regard plant√© dans le mien : “Inutile de rougir, je vois bien que cela vous procure une √©motion. Je sais ce que vous avez v√©cu avec elle”.

Et je pleure. Les larmes sortent. Celles qui pesaient sur mes joues depuis si longtemps. Car oui, j’ai v√©cu des choses avec mon ancienne responsable.

J’√©tais incapable de r√©pondre √† ses attentes. Elle nous envoyait par mail une liste des t√Ęches de 40 points √† faire en un d√©lai record. Elle me demandait d’imprimer et classer mes mails, chose dont j’√©tais incapable, car ce n’√©tait en rien naturel. Elle me laissait seule face √† des dossiers pour lesquels je n’avais aucun outil pour les mener √† bien correctement. Je me sentais incomp√©tente, ce qui induisait une lenteur : Je pr√©f√©rais “ne rien faire” que de “mal faire”. Elle a fini par me demander de ne plus faire de pause avec mes coll√®gues, car je devais optimiser mon temps. Je venais donc la boule au ventre, m’enfermer dans ce bureau, guettant le bruit de ses talons qui s’approchaient et qui annon√ßaient une √©ni√®me charge contre moi. Elle pleurait, elle partait en arr√™t maladie et embarquait tout le service avec elle pour un long voyage vers le mal-√™tre. Jusqu’au jour o√Ļ elle m’a inform√©e que j’√©tais sur la sellette car la direction h√©sitait √† me titulariser pour insuffisance professionnelle. Le coup de gr√Ęce. Je ne croyais plus en moi et plus personne ne croyait en moi.

Bref, j’ai tout d√©ball√© √† cette nouvelle responsable. Elle m’a dit que cela s’appelait du harc√®lement. Elle m’a dit qu’elle ferait tout pour me sauver et m’√©loigner d’elle quand elle reviendrait. Elle m’a aussi demand√© ¬†pourquoi mon compagnon n’√©tait pas intervenu pour arr√™ter l’h√©morragie.

Ma nouvelle responsable s’est transform√©e en Superman en l’espace de cinq minutes. Elle a mis des mots sur un mal-√™tre, qu’elle a su d√©tecter avec une rapidit√© d√©concertante.

Ce que je ne savais pas, c’est que je lui offrais du pain b√©ni. “Tenez, et mangez en tous, ceci est mon corps, livr√© pour vous”.

Elle avait fait naitre dans mes yeux la flamme qu’elle attendait. Un regard qui dit √† la fois “Vous √™tes mon ultime espoir” et “Vous avez toutes les cartes en mains”. Ce sentiment de puissance qu’elle aime tant.

J’√©tais en train de me noyer et elle est arriv√©e sur son bateau.

Elle a tendu la main vers moi.

J’ai cru que c’√©tait pour que je la saisisse et qu’elle me tire de l’eau.

Mais du bout des doigts, elle allait enfoncer ma t√™te dans les vagues. Puis elle allait me laisser remonter en surface pour que je reprenne une bouff√©e d’air. Parfois, elle me tendrait m√™me le bras en me disant “Saisis ma main, je te sauve”. Et puis non finalement, j’appuie un peu pour t’immerger. Et puis si. Et puis non. On arr√™te ? Non, je plaisante, on continue. Tu veux jouer avec moi ?

Chapitre 3 : M’accordez-vous cette danse ?

Je voulais qu’elle me fasse rentrer dans la danse ? Me voil√† servie. Elle m’a entrain√©e dans une valse o√Ļ la culpabilisation est reine et la perversion est le plus beau pas.

Elle m’isole de plus en plus pour entretenir une relation privil√©gi√©e avec ma coll√®gue. Mais elle me le reproche et m’indique que je m’isole toute seule et ne suis pas ouverte aux autres. Je suis sauvage et √©gocentr√©e. Elle r√©ussit √† m’en convaincre.

Elle me r√©p√®te que personne n’a l’air de me connaitre, √† part mes coll√®gues proches. Alors qu’en r√©alit√©, avant ce poste, j’ai eu celui d’agent d’accueil et que j’√©tais √† l’inverse celle que tout le monde connaissait. Je suis transparente. Elle r√©ussit √† m’en convaincre.

Elle g√©n√®re mon mal-√™tre et m’enfonce dans ce syst√®me o√Ļ je rends les dossiers en retard ou avec des erreurs. Elle me dit que c’est de ma faute, et que si je ne l’alerte pas, c’est parce que je ne le veux pas. C’est parce que je ne suis pas investie dans mon travail et que je refuse d’entrer dans une coh√©sion d’√©quipe. Je suis mauvaise dans mon poste. Elle r√©ussit √† m’en convaincre.

Et pourtant, tout cela était faux.

Elle m’humilie en se moquant de ma permanente rat√©e pendant les pauses cigarettes. Une fois. Deux fois. Trois fois.

Elle se vante ironiquement devant tout le monde de me f√Ęcher et indique que je dois me sentir bien mieux quand elle n’est pas l√†. Une fois. Deux fois. Trois fois.

Et tout cela ponctuait de pointes de douceur, o√Ļ elle me regardait avec un regard amoureux en me disant qu’elle “avait beaucoup d’affection pour moi”.

Les montagnes russes des sentiments.

Je te déteste.

Je t’aime.

Je te déteste.

Je te déteste.

Je te déteste.

Je t’aime.

Je te déteste.

Face à cette culpabilisation et ces humiliations publiques, je continue à me renfermer sur moi-même et me persuade que je ne suis bonne à rien. Pendant ce temps, elle gagne des points auprès des autres agents, qui apprécie son humour et sa joie de vivre.

Chapitre 4 : Un week-end, une biche, un rhume

Viens alors le jour o√Ļ je fais une grossi√®re erreur sur un dossier, qui aurait pu entrainer des cons√©quences graves. Tout cela parce que j’ai fuis, j’ai fait l’autruche face √† un soucis qui se posait et que je n’ai pas su r√©soudre. Et de peur de me faire encore bl√Ęm√©e, je n’ai pas alert√©e. Je suis rentr√©e chez moi l’air de rien, pour un week-end prolong√©.

J’ai re√ßu quelques heures plus tard un message vocal incendiaire de sa part, m’informant des cons√©quences qu’auraient pu avoir mon erreur.

Je me suis effondr√©e sur le canap√©, et j’ai pleur√© face √† la criante v√©rit√© qui s’imposait √† moi.

Mais j’ai trouv√© la force de la rappeler afin d’en discuter.

Je la d√©couvre alors mielleuse, se confondant en excuses pour la violence du message qu’elle m’avait laiss√©. Tout n’√©tait pas de ma faute et il fallait relativiser la situation.

J’ai donc savour√© mon week-end, apais√©e par ses mots et convaincue que l’affaire √©tait close.

Mais mon retour fut brutal.

Tout partait pourtant d’une bonne intention de ma part : Je l’ai salu√©, en lui demandant si le week-end avait √©t√© bon.

Je me souviendrai toujours de son discours.

“Pour rattraper votre erreur, j’ai voulu venir plus t√īt lundi. J’ai donc fait des heures suppl√©mentaires. Par cons√©quent, je suis partie plus t√īt de chez moi, et sur l’autoroute j’ai heurt√© une biche. J’ai eu beaucoup de chance dans cet accident, les d√©g√Ęts ne sont que mat√©riels. 500 ‚ā¨ de r√©parations. En attendant la d√©panneuse, j’ai pris froid et ai attrap√© la grippe. Je n’ai donc plus de voiture, et mon mari a du prendre un des ses rares jours de RTT pour m’amener au travail. J’ai donn√© ma grippe √† la stagiaire, qui est absente aujourd’hui. Et vous, vous avez pass√© un bon week-end ?”

La th√©orie de l’effet papillon. Le choc. Le silence. Le poids d’une culpabilit√© sur les √©paules. Le retour d’une affaire que je pensais close, ou presque. Bref, la violence d’une fausse-joie.

Et elle allait raconter son histoire √† qui veut l’entendre, en me lan√ßant des regards noirs ou en faisant allusion √† ma responsabilit√©. Une fois. Deux fois. Trois fois.

Une fois. Deux fois. Trois fois.

Un. Deux. Trois.

Toujours le même rythme entêtant.

Une valse o√Ļ la culpabilisation est reine et la perversion est le plus beau pas.

Chapitre 5 : La goutte d’eau

Je n’avais pas sa confiance, elle n’avait pas la mienne. Face au spectacle, ma coll√®gue avait sciemment pris partie pour le plus fort. Je l’avais donc d√©finitivement perdue, et me retrouvais bien seule.

Je continuais √† m’enfoncer dans mon mal-√™tre. A √™tre lente car j’avais peur. A faire des erreurs car j’√©tais persuad√©e d’en √™tre une.

Puis je rentrais chez moi et je pleurais. Parce que je n’y arrivais plus. Parce que je m’√©tais pris une √©ni√®me charge et que c’est tout ce que je m√©ritais.

Face √† cela, mon compagnon √©tait nerveux. Il me demandait de me ressaisir, d’aller la voir et de taper du poing sur la table. Mais j’en √©tais incapable. Parce que ce n’√©tait pas dans mon caract√®re, que je n’avais plus la force de me faire violence et qu’apr√®s tout, ses remarques √©taient l√©gitimes. Il la maudissait et me disait “Je te pr√©viens, je vais finir par aller la voir √† ta place”.

Et un soir, il l’a fait. La goutte d’eau avait fait d√©border le vase.

Il s’est pr√©sent√© √† l’accueil, qui l’a redirig√© vers le bureau de ma responsable.

Il lui a demandé des explications : Pourquoi rentrais-je chez moi en pleurant ?

Elle a pris ses grands airs de responsable, en parlant pos√©ment, en utilisant des mots intelligents, en donnant l’illusion d’√™tre un puit de connaissances.¬† Un r√īle qu’elle aime jouer mais qui pr√™te √† rire quand on la connait, car cette sc√®ne transpire la com√©die.

Il lui a reproch√© ses m√©thodes, qui n’avaient rien d’humaines.

Elle est sortie de ses gonds : “Vous me dites que je ne suis pas humaine ?!”.

Elle a alors alterné entre phases de colère et de calme, décontenancée par une personne qui lui tient tête.

L’√©change s’est termin√©. Mon compagnon est rentr√© √† la maison.

“Tu √©tais o√Ļ, j’essayais de te joindre ?”

Et avec la mou d’un enfant qui a fait un b√™tise, il me r√©pondit “J’√©tais avec elle.”

La suite est ici : Manipulation en milieu professionnel – Partie 2